d’autres heurts
de ces préfaces qu’on lit à la fin
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Je suis
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« Ma souffrance a commencé bien avant ma naissance. Dès que mes parents se sont rencontrés je me suis mise à souffrir. Je n’étais pas encore conçue. Moitié dans le ventre de ma mère, moitié dans les couilles de mon père, déjà, je souffrais. »
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La rencontre d’un couple est régie par des lois qui ne doivent pas grand-chose au hasard. Les sociologues ont facilement découvert les lois objectives qui préludent à ces rencontres : la proximité géographique, la strate sociale, les intérêts, les activités, les intentions communes. Mais il y a d’autres lois, plus secrètes, plus motivantes. Elles n’apparaissent à personne, surtout pas aux intéressés.
Dès les premiers jours, dès les premières coordinations du couple, un contrat implicite se signe dans l’inconscient des participants. Dès les premières articulations, une manière de fonctionner ensemble va établir les lignes de force du couple. Ce n’est que dix ou vingt ans plus tard, quand les interactions du couple auront évolué jusqu’à la caricature qu’on prendra conscience de ce qui était écrit dès les premiers gestes de la formation du couple.
Lors de la première relation sexuelle, il y a toujours au moins six personnes : l’homme et la femme qui se rencontrent, plus leurs parents respectifs. Sans compter les voisins, la culture, les conventions sociales et l’histoire du pays qui participent à cette intimité. L’acte sexuel est certainement un acte total, historique et culturel, même si toutes les fonctions génitales et glandulaires sont nécessaires à cette rencontre. Pour le comprendre scientifiquement, il faut isoler une part de cette réalité, nommer la séquence qu’on a décidé d’observer, exclure tout ce qui peut intervenir dans cet acte et qu’on a décidé de ne pas étudier. C’est dire à quel point la science pactise avec l’arbitraire !
Ce qui m’intéressait pour cette patiente qui souffrait moitié dans le ventre de sa mère, moitié dans les couilles de son père, c’était la motivation inconsciente, le contrat implicite qui avait dû préluder à la rencontre de ses parents.
Au cours de la psychothérapie, peu à peu, se dessine un couple de parents sadiques. C’est à qui masochisera l’autre. L’homme a pour lui le muscle et l’argent. Elle rétorque par des représailles ménagères et affectives. Il lui arrive souvent de s’enfermer avec sa femme. Alors, longuement, il savoure la peur qu’il lui inflige en retroussant ses manches avant de la cogner. Pour le rendre impuissant, elle s’est rendue obèse. Elle a transmis à ses enfants la haine du père qui, quelques années plus tard, devait souffrir d’un abandon et d’une solitude extrême. C’est au cours d’un acte sadique que la patiente a été conçue : son père a engrossé sa mère pour la punir d’un achat trop coûteux. Est-il possible d’être le fruit d’une telle signification sans que cela influe sur la construction du psychisme ?
Généralement, les couples se forment parce qu’ils ont des structures mentales compatibles, des demandes inconscientes complémentaires. Les anxieux se rencontrent et s’épousent entre eux, méprisant mais enviant ceux qui ne sont pas soucieux, et qu’ils nomment « inconscients ». Les déséquilibrés, impulsifs, instables insouciants, s’épousent entre eux. Le divorce est écrit dans leur contrat implicite. Les enfants de ces couples répètent souvent la même biographie, le même mariage, les mêmes schémas que leurs parents.
Les études génétiques démontrent l’importance de l’hérédité dans ces comportements sociopathiques. Les enfants issus de ces couples, séparés d’eux à leur naissance et élevés par une famille adoptive, possèdent à peu près la même probabilité d’exprimer cette manière de vivre que les enfants élevés par leurs parents biologiques.
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Il n’y a donc pas opposition entre nature et culture, mais au contraire connivence.
Mais l’environnement humain, par la suite, pourra favoriser ou réprimer l’expression de cette tendance.
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Libre
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En résumé, la liberté, répétons-le, ne se conçoit que par l’ignorance de ce qui nous fait agir. Elle ne peut exister au niveau conscient que dans l’ignorance de ce qui meuble et anime l’inconscient. Mais l’inconscient lui-même, qui s’apparente au rêve, pourrait faire croire qu’il a découvert la liberté. Malheureusement, les lois qui gouvernent le rêve et l’inconscient sont aussi rigides, mais elles ne peuvent s’exprimer sous fa forme du discours logique. Elles expriment la rigueur de la biochimie complexe qui règle depuis notre naissance le fonctionnement de notre système nerveux.
Il faut reconnaître que cette notion de liberté a favorisé par contre l’établissement des hiérarchies de dominance puisque, dans l’ignorance encore des règles qui président a leur établissement, les individus ont pu croire qu’ils les avaient choisies librement et qu’elles ne leur étaient pas imposées. Quand elles deviennent insupportables, ils croient encore que c’est librement qu’ils cherchent à s’en débarrasser.
(…)
A-t-on pensé aussi que dès que l’on abandonne la notion de liberté, on accède immédiatement, sans effort, sans tromperie langagière, sans exhortations humanistes, sans transcendance, à la notion toute simple de « tolérance » ? Mais, là encore, c’est enlever à celle-ci son apparence de gratuité, de don du prince, c’est supprimer le mérite de celui qui la pratique, comportement flatteur empreint d’humanisme et que l’on peut toujours conseiller, sans jamais l’appliquer, puisqu’il n’est pas obligatoire du fait qu’il est libre. Pourtant, il est probable que l’intolérance dans tous les domaines résulte du fait que l’on croit l’autre libre d’agir comme il le fait, c’est-à-dire de façon non conforme à nos projets. On le croit libre et donc responsable de ses actes, de ses pensées, de ses jugements. On le croit libre et responsable s’il ne choisit pas le chemin de la vérité, qui est évidemment celui que nous avons suivi. Mais si l’on devine que chacun de nous depuis sa conception a été placé sur des rails dont il ne peut sortir qu’en « déraillant », comment peut-on lui en vouloir de son comportement ? Comment ne pas tolérer, même si cela nous gêne, qu’il ne transite pas par les mêmes gares que nous ? Or, curieusement, ce sont justement ceux qui « déraillent », les malades mentaux, ceux qui n’ont pas supporté le parcours imposé par la S.N.C.F., par le destin social, pour lesquels nous sommes le plus facilement tolérants. Il est vrai que nous les supportons d’autant mieux qu’ils sont enfermés dans la prison des hôpitaux psychiatriques.
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Fragile
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Accepter d’être fragile
Deux postures traversent chacun de nous : se donner comme idéal l’individualisme et choisir de rester dans la maîtrise (en combattant toute fragilité) ou bien au contraire accepter sa fragilité, c’est-à-dire assumer pleinement sa condition humaine. En chacun de nous ces deux tendances existent, il nous appartient de choisir.
Accepter notre fragilité, en faire le motif de notre vie (comme une musique a son thème) passe donc par l’abandon d’une manière individualiste de se vivre, selon laquelle la fragilité n’est que faiblesse et semble une menace permanente contre laquelle il faut lutter — tout en sachant obscurément que le combat est perdu d’avance… C’est accepter de ne pas faire de son moi un empire dans l’empire ; de ne pas être propriétaire de soi-même, de ne pas être une unité indivisible et forte de ses appartenances, campée dans ce qu’elle est, se tenant à la devise « Je suis ce que je suis », et donc opposée à tout changement, vécu alors comme un danger. C’est également accepter de ne pas garder le contrôle de soi, un contrôle qui empêche toute jouissance (puisque dans la jouissance on ne se possède plus), et qui limite les joies aux petits plaisirs du propriétaire.
(…)
Accepter, savoir composer
Être un sujet fragile, c’est également sortir d’une guerre ordonnée par une logique binaire : l’un ou l’autre. C’est penser que l’un peut composer avec l’autre. Ce que nous perdons en force, nous le gagnons alors en puissance. Nous ne sommes plus confinés dans la casemate d’un moi fort en lutte contre tout ce qui n’est pas lui. Une fois ouvertes les portes de notre forteresse, la respiration rétablie, nous participons du paysage qui nous entoure…
C’est savoir que je ne me réduis pas à ce que je suis, mais que je suis multiple, que je peux penser autrement que je pense, ressentir autrement que je ressens. Que je suis composé de nombreux moi, à commencer par les identifications que j’ai faites à mes deux parents : j’ai pris chez l’un et chez l’autre des désirs, des idéaux par définition distincts, souvent contradictoires, ils mènent leur jeu en moi, c’est à partir d’eux que je fais ma cuisine personnelle.
C’est encore dire que « je » n’est pas « moi », pas seulement ma conscience ni mon corps, pas seulement ce que je me représente de moi… « Je est un autre », disait le poète Rimbaud. Ce que chacun peut constater en s’observant un peu. Dire « Je désire » ou « Je pense », c’est faire un raccourci, certes pratique dans le quotidien, mais un raccourci incertain. Plutôt que de dire « Je pense donc je suis », il faudrait dire : « Je suis où la pensée (le désir) me vient. » « Je » n’est pas « moi », pas seulement moi, mais aussi un autre qui pense et qui désire en moi ; pas seulement l’autre inconscient décrit par la psychanalyse, mais peut-être aussi tout ce qui est autre et participe de moi : en synthèse, la situation concrète dans laquelle je suis, et que je suis. Il est en effet impossible de me représenter ailleurs que dans le temps et l’espace où je vis : dans cette époque, dans cette société, dans ce pays, à travers les choses que je vois, les personnes que je rencontre, les paroles que j’entends.
(…)
S’opposant au monde en cherchant à le dominer, l’individualiste le perd. Se sachant une partie d’un monde dont il dépend, le sujet fragile s’embarque dans son mouvement.
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Attendre
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Dans cette puissance de l’oubli réside l’intelligence du sentir. Car il est intelligent de tout garder dans l’oubli pour que rien ne soit oublié et pour être prêt à user pour le mieux de ses expériences acquises. C’est jusqu’à cette forme de sentir que devrait conduire l’induction : elle déterminerait la nature de la modification thérapeutique et celle de la relation.
Il est facile de comprendre pourquoi ce sentir propre au vivant est le lieu de la modification. On peut le montrer de plusieurs façons. Lorsqu’on supprime le contrôle de la conscience et de l’intellect, on laisse libre cours non pas à l’inconscient, mais à une sensorialité qui ébranle la fixité de notre appréhension habituelle des choses et des êtres. Le mal-être, quelle que soit sa forme, relève toujours de la rigidité et de l’étroitesse. Or ce sentir se caractérise par une circulation incessante, une mise en communication et en correspondance. En d’autres termes, si nous allons mal, c’est que nous ne voyons pas, que nous n’entendons pas, que nous ne sentons pas. En nous immergeant dans le sentir sans réflexion, nous réapprenons la finesse et la perspicacité du sentir. La solution de nos problèmes se trouve au-dehors, dans une appréhension nouvelle de notre situation. Pour cela, il s’agit de laisser venir à nous tout ce qui est alentour. Ce sentir propre au vivant est d’abord un laisser se mélanger toutes les données et ensuite une attente que tout retrouve sa place.
…
Le sens n’a plus d’intérêt lorsque les sens fourmillent.
La parole évocatrice peut alors se rassembler dans le silence, un silence gorgé de mots, pourri de significations et fertile comme le terreau
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Normal
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Il n’y a pas non plus un seul être humain qui soit « normal » au même sens que celui qui vient d’être indiqué. P. Schröder définit le psychopathe comme un être humain qui, par sa complexion psychique constitutionnelle, ou bien souffre lui-même, ou bien fait souffrir la société des hommes. D’après ce qui a été dit plus haut, il pourrait tout d’abord sembler que, selon cette définition, nous fussions tous sans exception des psychopathes, car chacun de nous « souffre » (leidet) d’être contraint par la responsabilité rationnelle, tantôt à tenir en lisière ses types d’action et de réaction innés, et tantôt à suppléer à leur défaillance. Pourtant la pertinence et l’utilité de l’image conceptuelle de Schröder apparait dès lors qu’on donne au verbe « souffrir » son acception médicale. Avec l’élargissement, typique chez les êtres domestiqués, de l’étendue de la plage de variation, la moyenne des comportements sociaux innés chez l’être humain joue à l’intérieur de marges très importantes, de telle sorte que le concept de « normal », en ce qui concerne les impulsions tendancielles de son comportement, est chez lui aussi difficile à déterminer qu’en ce qui concerne ses caractères corporels distinctifs. De là vient que, d’un homme à l’autre, les performances de la compensation régulatrice tributaire de la morale rationnelle, sont extrêmement différentes. Mais, même si nous laissons complètement tomber le concept de normal, la frontière posée par Schröder entre l’être sain et le psychopathe conserve toute sa justesse. Elle tire son origine du fait que la structure supérieure de la personnalité de l’être humain ainsi que sa morale sociale rationnelle font brutalement naufrage quand les aptitudes compensatrices qui sont tributaires de ces dernières excèdent leurs forces. Dans son comportement, l’homme devient alors tantôt un asocial, et tantôt un malade, c’est-à-dire qu’il développe ce que la psychopathologie désigne par névrose et plus particulièrement, par symptôme névrotique. Pour appliquer à ce processus pathologique une comparaison empruntée à la psychopathologie : l’homme intellectuellement sain ne se comporte pas, par rapport au psychopathe, comme un être corporellement sain par rapport à un être corporellement malade, mais exactement comme un malade cardiaque avec une défaillance cardiaque compensée, par rapport à un malade cardiaque affecté d’un vitium cordis décompensé. Cette comparaison symbolise très bien le degré d’exactitude de la frontière entre l’être sain et le psychopathe et fait directement comprendre l’importance et le caractère imprévisible des différences individuelles qui séparent les uns des autres les individus réputés normaux quant à leur tolérance à l’endroit des lourdes contraintes de la morale.
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Peut-être
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6.431 – Ainsi dans la mort, le monde n’est pas changé, il cesse.
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6.4311 – La mort n’est pas un événement de la vie. On ne vit pas la mort.
Si l’on entend par éternité non la durée infinie mais l’intemporalité, alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le présent.
Notre vie n’a pas de fin, comme notre champ de vision est sans frontière.
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6.4312 — L’immortalité de l’âme humaine, c’est-à-dire sa survie éternelle après la mort, non seulement n’est en aucune manière assurée, mais encore et surtout n’apporte nullement ce qu’on a toujours voulu obtenir en en recevant la croyance. Car quelle énigme se trouvera résolue du fait de mon éternelle survie ? Cette vie éternelle n’est-elle pas aussi énigmatique que la vie présente ? La solution de l’énigme de la vie dans le temps et dans l’espace se trouve en dehors de l’espace et du temps.
(Ce n’est pas la solution des problèmes de la science de la nature qui est ici requise.)
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6.432 – Comment est le monde, ceci est pour le Supérieur parfaitement indifférent. Dieu ne se révèle pas dans le monde.
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6.4321 – Les faits appartiennent tous au problème à résoudre, non pas à sa solution.
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6.44 – Ce n’est pas comment est le monde qui est le Mystique, mais qu’il soit.
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6.45 – La saisie du monde sub specie ceterni est sa saisie comme totalité bornée.
Le sentiment du monde comme totalité bornée est le Mystique.
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6.5 – D’une réponse qu’on ne peut formuler, on ne peut non plus formuler la question.
Il n’y a pas d’énigme.
Si une question peut de quelque manière être posée, elle peut aussi recevoir une réponse.
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6.51 — Le scepticisme n’est pas irréfutable, mais évidemment dépourvu de sens, quand il veut élever des doutes là où l’on ne peut poser de questions.
Car le doute ne peut subsister que là où subsiste une question ; une question seulement là où subsiste une réponse, et celle-ci seulement là où quelque chose peut être dit.
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6.52 — Nous sentons que, à supposer même que toutes les questions scientifiques possibles soient résolues, les problèmes de notre vie demeurent encore intacts. A vrai dire, il ne reste plus alors aucune question ; et cela même est la réponse.
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6.521 — La solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce problème.
(N’est-ce pas la raison pour laquelle les hommes qui, après avoir longuement douté, ont trouvé la claire vision du sens de la vie, ceux-là n’ont pu dire alors en quoi ce sens consistait ?)
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6.522 — Il y a assurément de l’indicible. Il se montre, c’est le Mystique.
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6.53 — La méthode correcte en philosophie consisterait proprement en ceci : ne rien dire que ce qui se laisse dire, à savoir les propositions de la science de la nature — quelque chose qui, par conséquent, n’a rien à faire avec la philosophie —, puis quand quelqu’un d’autre voudrait dire quelque chose de métaphysique, lui démontrer toujours qu’il a omis de donner, dans ses propositions, une signification à certains signes. Cette méthode serait insatisfaisante pour l’autre — qui n’aurait pas le sentiment que nous lui avons enseigné de la philosophie — mais ce serait la seule strictement correcte.
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6.54 — Mes propositions sont des éclaircissements en ceci que celui qui me comprend les reconnaît à la fin comme dépourvues de sens, lorsque par leur moyen — en passant sur elles — il les a surmontées. (Il doit pour ainsi dire jeter l’échelle après y être monté.)
Il lui faut dépasser ces propositions pour voir correctement le monde.
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Viol
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Au cours des quelque huit mille ans qui se sont écoulés depuis l’apparition de sociétés agricoles sédentaires, l’histoire humaine, dans son acception la plus large, a tourné autour de l’acquisition et de la distribution des surplus alimentaires et des usages qu’on en faisait. L’importance des surplus disponibles pour telle ou telle société a déterminé le nombre et l’étendue des autres fonctions – religieuses, militaires, industrielles, administratives et culturelles – qu’elle peut supporter. Sans ce surplus, il aurait été impossible de nourrir des prêtres, une armée, des ouvriers, des administrateurs et des intellectuels. Le lien était peut-être plus évident dans les sociétés primitives plus simples, mais il existe encore dans les sociétés contemporaines. Dans l’Europe médiévale, comme dans bien d’autres sociétés féodales et quasi féodales, il existait un lien direct entre la surface de terre possédée et les prestations de service militaire ; et l’Eglise obtenait de quoi nourrir ses serviteurs soit parce qu’elle possédait directement la terre, soit en percevant une dîme. La redistribution de la nourriture est un phénomène qu’on retrouve aussi bien au sein des sociétés que dans les rapports entre sociétés. Toutes doivent disposer d’un mécanisme organisant la répartition des surplus alimentaires aux non-fermiers. Ce peut être grâce à la possession directe des terres par les dirigeants les élites et les organisations religieuses – comme c’était le cas dans les sociétés préindustrielles. Ou bien grâce a un mécanisme de marché (appuyé par d’importantes subventions), comme c’est le cas dans les sociétés occidentales industrialisées d’aujourd’hui. Ou encore grâce à des mécanismes religieux, sans doute renforcés par la menace de la force, comme dans de nombreuses sociétés antiques, voire par l’emploi de la force, comme l’a démontré l’Union soviétique au début des années trente, à l’époque de la collectivisation et de l’industrialisation. Le développement de grands Etats et d’empires a permis d’extraire un surplus de nourriture des territoires soumis en incitant de diverses façons leurs habitants à installer des cultures conçues pour la puissance dominante.
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Peur
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On n’a jamais vu quelqu’un devenir fanatique de nature à partir d’une argumentation rationnelle. C’est un élan, une tonalité, une révélation ! Quelle erreur alors, que de vouloir faire une « éducation à l’environnement » en apprenant d’abord une foule de données scientifiques.
L’intérêt pour le détail du fonctionnement biologique de la nature ne vient qu’à ceux qui ont d’abord un attrait sensible, à ceux que ça intéresse.
« Connaître pour aimer » a-t-on pu lire de nombreuses fois comme slogan, en livres et en pancartes. C’est la charrue avant les boeufs ! L’ouverture émotionnelle est le premier pas indispensable. Et pas du pseudo dans un parc de vision ! Mais des ambiances solitaires où les troncs perdus dans le brouillard se ressemblent tous, des sentiers qui finissent traîtreusement en succions dans la vase des roselières, des glaciers balayés par le blizzard. Vraie nature, sans apprêt, qui se fout de notre vie et de notre mort, qui est là comme elle était, comme elle sera, à un milliard d’années de distance.
La peur qui s’éveille alors, est une part de la nature. Elle envahira tout et vous passerez au travers… Comme le Petit Chaperon Rouge avalé par le loup… Ce vieux conte initiatique, tellement édulcoré maintenant, nous disait qu’en passant dans le ventre du fauve, on en acquérait en ressortant tous les pouvoirs.
Car si vous laissez passer le courant sans vous affoler, vous ressortirez du ventre du loup. En en ayant fait le tour, si l’on peut dire. Une terreur affrontée, un objet effrayant auquel on s’identifie (comme les enfants qui jouent aux fantômes) perd son pouvoir. La nature reste énorme, indifférente, splendide et horrible à la fois. Mais elle vous a digéré. Maintenant vous en êtes ! Que pourriez-vous dire alors et faire contre, sans vous atteindre vous-même ?
Et si vous choisissez de rester sur l’autre rive, dans la sécurité des autoroutes et des miradors, pourquoi ne pas se rappeler quand même que la possibilité existera toujours de franchir la porte de la peur, d’explorer ses propres marécages, de sonder ses propres abîmes. Nul besoin de passer sur le divan du psychanalyste. La lande ou la savane, le papillon ou la couleuvre, sont, pour peu que vous collaboriez,
prêts à se charger de l’essentiel…
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Travail
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Si, déracinant de son coeur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l’homme, qui ne sont que les droits de l’exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit au travail, qui n’est que le droit de la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heure par jour, la Terre, la vieille Terre, frémissant d’allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers . . . Mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile ?













